PORNO TV(2002)
Toile 1M X 1M divers sur toile publiée en ligne le
Mettre la pornographie hors de portée des enfants
Sujet de société phare ces derniers mois, la Commission était attendue au tournant sur la pornographie. Contre toute attente, elle n’en recommande pas l’interdiction quand elle s’adresse aux seuls adultes, car "elle aurait un effet de déresponsabilisation" des créateurs de fictions, des programmateurs de chaîne, des diffuseurs et des "consommateurs de télévision".
Le rapport plaide pour la mise en place d’un système de double cryptage ou de paiement à la séance pour rendre la pornographie inaccessible aux jeunes. Plus largement, l’interdiction des programmes violents entre 7 heures et 22h30 vise à mettre fin aux exceptions permettant actuellement aux chaînes de télévision de diffuser 4 films par an interdits aux moins de douze ans dans les horaires accessibles à tout public. Or, selon Blandine Kriegel qui s’exprimait dans le cadre de l’émission "Arrêt sur images" sur France 5, avec le temps les chaînes se seraient peu à peu affranchies de ces restrictions et le nombre de films violents se serait multiplié à 20h50. Le renforcement des missions du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) devraient lui permettre de sanctionner les contrevenants.
Promouvoir l’éducation à la télévision
Il paraît cependant impossible de dresser un "cordon sanitaire" autour des enfants, d’autant plus que la violence fait partie de la vie et que cette réalité ne peut être niée. Mais les images exercent une fascination qui ne permet pas aux plus jeunes d’avoir suffisamment de recul. L’apprentissage de la lecture critique de l’image doit leur permettre de devenir des téléspectateurs avertis. Des associations telles que Les pieds dans le PAF et Savoir au Présent se rendent dans les établissements scolaires qui en font la demande, accompagnées de réalisateurs. L’objectif est de former les jeunes au sens critique face aux images en leur donnant les outils pour mieux comprendre les conditions de réalisation d’un documentaire. La Commission Kriegel recommande d’ailleurs la généralisation des expériences d’éducation à l’image engagées par le Centre de liaison de l’enseignement et des moyens d’information (CLEMI) ou le Centre national de documentation pédagogique (CNDP) au sein de l’Education nationale.
Les parents doivent prendre part à ce travail de sensibilisation. "Il faut s’efforcer d’accompagner l’enfant téléspectateur pour voir avec lui ce qu’il regarde et au besoin dédramatiser la situation télévisuelle" suggèrent René Blind et Michaël Pool, auteur des Dangers de l’écran. Ils conseillent de s’informer sur le contenu, la durée et la qualité des émissions vues par les enfants et de "se donner le droit de dire non". C’est à ces conditions que la télévision pourra remplir son rôle éducatif.
Un rapport pour rien ?
Mais le Ministre de la Culture et de la communication s’est finalement démarqué des recommandations du rapport Kriegel au cours d’une conférence de presse, mardi 26 novembre 2002. Jean-Jacques Aillagon a notamment déclaré que la commission de classification devait "rester propre au cinéma" renonçant à créer une instance unique avec la Commission de contrôle des DVD et vidéocassettes. Il s’est en revanche déclaré "sensible à la proposition de la commission de faire évoluer les règles" concernant les VHS, les DVD et les "jeux vidéo" en créant une commission spécifique. De même il souhaite maintenir les quatre exceptions par an et par chaîne permettant la diffusion avant 22 heures de films interdits aux moins de douze ans. Le ministre "compte sur une démarche volontaire des chaînes" pour qu’elles ne proposent pas de bandes-annonces pour ces films aux heures grand public.