POLITIC MAN : THE MARIONETIST (2002)
COLLECTION JLH / MOSCOU
politique (philosophie)
n. f. Art de gouverner.
L’invention de la politique - définie par Aristote et Platon comme l’ensemble des préoccupations relevant de la vie de la cité (polis, en grec), comprise comme cette tâche noble et essentielle par laquelle une communauté décide de son destin, édicte ses lois et forge les moyens de s’y soumettre - revient, comme telle, à la pensée grecque. Les Grecs furent les premiers à reconnaître que l’art de gouverner possède ses fins et sa rationalité propres, que l’homme, à la différence des bêtes et des dieux, est par nature un " animal politique " et qu’il accède à son humanité par la citoyenneté, par le fait d’entretenir avec autrui des rapports de justice. Dans la tradition hellénique comme dans la tradition romaine, la politique, en tant que " science des affaires publiques et du gouvernement des hommes ", ne se sépare pas vraiment de la religion, mais les rites religieux sont des rites liés à la cité. La notion de " politique " apparaît très tôt, associée à l’idée de pluralité, de débat public : à la recherche d’un consensus dont on suppose qu’il n’existe pas au départ. La tradition européenne de la " chose publique " (res publica), de la politique, échappe donc, dès ses origines, à l’obsession de l’unanimité - principe sur lequel reposeront, au XXe siècle, les totalitarismes.
Les conceptions autocratiques
La tradition orientale n’offre pas le même visage. Platon en fournit paradoxalement un exemple : dans sa République, il brosse l’utopie d’un gouvernement des philosophes, où la " sagesse " et la " connaissance " remplaceraient le débat d’opinion. Dans cette perspective idéale, la société civile se séparerait de la société politique, celle-ci relevant dès lors de la seule application d’un savoir supposé " juste ", parce que fondé sur la " science ". La tradition biblique ignore elle aussi la politique comprise comme débat public. Le souverain n’a d’autre choix que d’appliquer la norme divine, non susceptible d’appréciation. Il en va de même dans la tradition chinoise ou japonaise, où l’empereur, en sa qualité de représentant de l’ordre divin, est tenu pour seul dépositaire légitime de la souveraineté. Par le biais du christianisme, ces conceptions autocratiques sur lesquelles se modela l’Église firent basculer la conception gréco-romaine classique de l’activité politique, qui était à la fois sacrée (car liée à la religion de la cité) et publique, puisque relevant des citoyens organisés en boulê(assemblée athénienne), en sénat, etc.
Naissance de la politique moderne
Il faut attendre la Renaissance italienne pour que la pensée du politique s’oriente sur une voie nouvelle. Pour Machiavel, le prince n’est pas le seul détenteur de la " vérité gouvernementale " : il doit manœuvrer pour composer avec la société civile, y établir un consensus, s’assurer qu’il y reste maître du jeu. La loi et l’ordre politiques ne sont plus le résultat d’un pacte entre une vérité révélée et un souverain. L’ordre politique s’institue, et l’art politique se confond avec un ensemble de règles et de stratégies enseignant comment on conquiert la souveraineté et, surtout, comment on la conserve.
Au XVIIe siècle en Angleterre et au XVIIIe siècle en France, les théories contractualistes de Thomas Hobbes, de John Locke, de Jean-Jacques Rousseau et de Montesquieu confèrent à la théorie politique un de ses aspects modernes. La politique est le fait des citoyens et son objet porte sur la recherche du bonheur. Le bien du peuple est le devoir suprême du pouvoir politique ; en vertu de cette vocation, les théories varient selon qu’elles accordent au souverain des droits illimités et inaliénables (Hobbes, Rousseau) ou des prérogatives limitées et révocables (Locke, Thomas Paine).
Le XXe siècle ou la politique comme technocratie du pouvoir
Cette approche marque le début d’un mouvement idéologique qui tendra à subordonner l’activité politique à la sphère de l’économie. La politique se voit assigner pour tâche de fournir au citoyen l’abondance et le bien-être, dont la liberté et l’égalité ne sont que des corollaires. Cette vision de la politique culmine avec l’école américaine de sciences politiques, qui, conformément à la réalité observée dans tous les pays occidentaux au XXe siècle, ne voit plus dans la politique qu’une forme de management : les États sont des organisations comparables à des entreprises qu’il convient de bien gérer. De fait, la conviction, issue du rationalisme et du progressisme du XIXe siècle, selon laquelle la connaissance et l’organisation scientifiques peuvent servir à rationaliser la vie et satisfaire au maximum les besoins humains discernables, pourvu que ce système soit organisé par des experts, s’est peu à peu imposée au XXe siècle, dans les pays capitalistes comme dans les pays communistes.
En réaction, les néomarxistes de l’école de Francfort (Max Horkheimer et Jurgen Habermas, notamment) se sont érigés contre cette réduction du politique à une nouvelle forme de tyrannie technicienne. La politique implique à leurs yeux la participation de tous les citoyens, par une libre discussion, à la construction de leur bien-être social. La dérive technocratique des démocraties occidentales, tendant à ramener le politique au simple calcul rationnel des conséquences utilitaires, porte en germe, soulignent-ils, le risque d’une dissolution des sujets individuels dans le monde administré.
Tout en partageant ce point de vue, Carl Schmitt et Julien Freund, les fondateurs de la science politique moderne, font remarquer que la définition marxiste de la politique qui en fait, comme dans la conception libérale, l’instrument du bonheur public, provoque à terme une dépolitisation de la société, par confusion entre le politique, l’économique et le social. Ils distinguent la politique comme instance, c’est-à-dire comme institution (État, gouvernement, partis), de la politique comme substance, comme type d’activité. Selon eux, la politique comme substance, " le politique ", peut s’investir dans la religion, dans l’État ou dans tout autre ordre d’activité. Qu’est-ce donc qui caractérise le politique ainsi conçu ? C’est la recherche d’un consensus social - qui n’est jamais donné d’avance - par une autorité maîtresse d’un territoire, au moyen de la désignation d’un ennemi (parti, État, idéologie, etc.). Le politique suppose que l’instance qui en détient l’autorité en détienne aussi le monopole, c’est-à-dire qu’elle n’accepte pas que l’on donne sa vie ou que l’on tue pour d’autres valeurs que les siennes. La morale politique, celle du souverain comme celle du partisan, se distingue donc de la morale privée, les règles du politique - qui est un combat et non une gestion - étant fondamentalement distinctes de celles qui régissent la vie familiale ou sociale.
Cette conception " dure " du politique est partagée par bien d’autres philosophes, comme Hannah Arendt ou le philosophe tchèque Jan Patocka, l’un et l’autre définissant la vie politique comme une vie " en vue de la liberté ", et non simplement en vue d’elle-même. Dans cette conception, le domaine propre du politique s’instaure en rupture explicite avec le domaine de la préoccupation vitale, de la consommation, de l’utilitaire, du fonctionnel.
Face à la désaffection croissante du politique et à une certaine tendance à la disparition du citoyen derrière le consommateur, observable dans les sociétés occidentales, cette pensée résonne comme une invite à renouer avec l’esprit de la polis comme lieu par excellence d’une lutte (polemos, en grec). La dignité propre du politique résiderait dans le fait qu’il constitue le lieu par excellence d’un arrachement au quotidien. Lieu toujours polémique donc, dans la mesure où il s’entretient d’une exposition au péril - c’est-à-dire à l’imprévisibilité du point de vue d’autrui - mais aussi d’une confiance généralisée dans le jeu symbolique de langage, à travers l’expérience du dialogue et du débat contradictoire.
corruption (droit)
n. f. Agissement pénalement réprimé consistant à solliciter ou à accorder des avantages, dans le cadre de fonctions officielles, en échange de dons ou de présents.
Acte qui consiste à proposer des dons, des présents ou des avantages quelconques pour obtenir d’une personne dépositaire de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public ou investie d’un mandat électif public, qu’elle fasse ou s’abstienne de faire un acte de ses fonctions ou qu’elle abuse de son influence réelle ou supposée pour obtenir des distinctions, des emplois, des marchés : c’est la corruption active.
Fait, pour quiconque, de solliciter ou de recevoir un don pour accomplir ou refuser d’accomplir un acte de ses fonctions : c’est le trafic d’influence. Constituent également la corruption le trafic d’influence pour obtenir un avantage de l’autorité publique, et la vénalité, qui est une corruption concernant un acte en dehors des attributions du corrompu, mais facilité par ses fonctions.
Ces infractions sont des délits sévèrement réprimés par les articles 433-1 et 433-2 du Nouveau Code pénal. Divers autres textes concernent la corruption en matière électorale, douanière, d’évasion, de recrutement, ainsi que la subornation de témoins