LOLA BEHIND THIS PHONE(2001)
Toile 1M x 1M Acrylique et divers sur toile publiée le
Aix-en-provence, une saison Combas"
"La recherche du feeling. Le feeling, c’est le rythme, c’est le batteur fou dans la jungle et les danses vaudou, c’est les Rolling Stones copiant les vieux morceaux des noirs, des bluesmen, et sans le vouloir, créant une musique nouvelle. Moi, c’est un peu comme ça pour la peinture, avoir le rythme (feeling) des écritures et des peintures publicitaires chinoises, arabes, méditerranéennes. Ma peinture c’est du rock." expliquait Robert Combas en 1982.
Toujours en ébullition, sa peinture déploie un vocabulaire plastique haut en couleurs, issu de notre quotidien et y mêlant des personnages du rock, de la télé et de la BD. Au début des années 80, Combas revendique une peinture pleine de vie face au mouvement de l’art conceptuel ou de celui de Support-Surface. Se voulant libérée de toute théorie, elle prône l’image d’un artiste qui exprime les choses telles qu’elles se présentent à lui. Entraînées par un perpétuel mouvement, ses toiles sont les mises en scène de nos petits bonheurs, de notre société et de ses médias.
Cette année, Robert Combas a accepté l’invitation de la ville d’Aix-en-Provence et du CECDC (Centre Européen de Création et de Développement Culturel) et s’est installé dans un atelier afin de préparer une exposition-parcours dans différents lieux culturels de la ville. Tout l’univers de l’artiste entre en vibration avec la région dont il reprend les thèmes iconographiques comme celui de Paul Cezanne à l’ouvrage, devant la montagne Sainte Victoire, ou en représentant le fantôme qui, dit-on, hanta Aix. A l’Abbaye de Silvacane, Robert Combas s’empare de l’Evangile afin de nous offrir un Christ en croix, semblant dessiné de la main d’un enfant, aux traits stylisés et mélancoliques, mais pourtant posé sur un tissu au motif de treillis militaire, symbolisant dans l’armée l’empire romain autrefois si puissant. Sa peinture, dans ce monument à l’architecture cistercienne, respecte le dépouillement du lieu : à cette oeuvre s’ajoutent d’autres croix, composées de tubes de peintures et de pinceaux usagers, suggérant dans l’engagement de l’artiste un acte de recueillement et de foi. C’est dans cette perspective-là que Robert Combas se situe, dans une perpétuelle recherche de renouvellement, au même rythme que son époque. Aussi a t-il réalisé une performance-concert où ses textes étaient chantés sur une musique électronique de Biomix.
"Aix-en-provence, une saison Combas", juin 2003
Parcours dans huit expositions de différents lieux culturels du pays d’Aix
Hôtel de Ville, Espace Sextius, Cité du Livre - Bibliothèque Méjanes, Ecole supérieure d’art, le 3 Bis f - Hôpital Montperrin, l’Atelier Cezanne, Abbaye de Silvacane - la Roque d’Anthéron, le Moulin de la Recense Ventbaren
Repères biographiques
Robert Combas est né en 1957 à Lyon. Il vit et travaille actuellement en région parisienne.
Dans les années 80, alors que la peinture figurative fait son retour aux Etats-Unis, en Allemagne et en Italie, Robert Combas connaît rapidement la célébrité. Etudiant, il rencontre Hervé et Richard Di Rosa. C’est tout d’abord un groupe d’amis qui, avec Ketty Brindel, joue de la musique rock et crée son propre journal "Bato", entièrement fabriqué à la main. Ces jeunes talents sont remarqués par Bernard Lamarche-Vadel qui organise dans son loft en 1981 une exposition intitulée "Finir en beauté" à laquelle participent Xavier Boisrond, Catherine Viollet et Rémi Blanchard. Cette exposition est le début du succès de ce mouvement que Ben appellera un an plus tard la "Figuration Libre". Très vite ils exposent au Musée d’art moderne de la ville de Paris lors de "Ateliers 81/82" organisé par Suzanne Pagé et sont invités à participer à la vie artistique de New-York. En 1985 a lieu la première exposition rétrospective de Robert Combas au Musée de l’Abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne, présentée par la suite au Gemente Museum d’Helmond et en 1986 au musée d’Art et d’Industrie de Saint-Etienne.
Rencontre avec Robert Combas
Propos recueillis par Daniel Mary.
Encore collégien, Robert Combas est poussé par son père vers l’école municipale des beaux-arts de Sète, puis vers l’École nationale des beaux-arts de Montpellier. Au lieu de lui apprendre à dessiner, cette scolarisation artistique l’empêche de créer. Son « témoignage » nous situe exactement au cœur de cette situation, au moment où se produit un « déclic » qui le pousse à renouer avec sa production d’enfant. Il a la chance, avec un groupe de très jeunes artistes, de pouvoir exposer dans l’appartement du critique d’art Bernard Lamarche-Vadel qui, avant de déménager, leur prête ses murs pour l’exposition « Finir en beauté » (1981). Ben y avance le label de « figuration libre » qui épinglera l’attitude de refus des apprentissages classiques et de l’histoire de l’art au profit d’une création spontanément inspirée la culture populaire (bande dessinée, graffiti, groupes musicaux...). Ce qui n’empêche pas aujourd’hui Robert Combas de s’approprier, parmi d’autres, les productions classiques des écoles des beaux-arts que l’on aura un peu de peine à reconnaître...
Dans les écoles des beaux-arts, il y a eu de grands changements pendant les années qui ont suivi 68. Il me semble que j’en ai fait un peu les frais. Par exemple, on a abandonné le dessin d’après les moulages de bustes et on l’a remplacé par quelque chose qui était encore plus chiant : un morceau de bois entouré d’un chiffon et posé par terre... Titus-Carmel, vous connaissez ? On a simplement changé de dogme et c’était pire, presque stalinien, le dessin d’un seul homme avait pris le pouvoir sur les bustes.
Aujourd’hui, ça ne me ferait plus la même chose... et là c’est moi qui me réapproprie ces dessins de bustes. Je viens de faire toute une série de « tatouages académiques » sur des récupérations d’anciens dessins d’élèves des Beaux-Arts dont j’ai fait mes nouveaux modèles... J’ajoute une personnification. Il y a plusieurs dessins d’antiques... je ne connais pas le nom de tous les personnages. En voici un, par exemple, qui n’est pas mal.
D’un ensemble de travaux de format sensiblement raisin, montés sous un cache biseauté, protégés par une vitre et encadrés avec soin par un bois naturel, Robert Combas sort cette œuvre énergique d’où l’antique du dessous n’a plus aucune chance de ressortir, encore que...
Robert Combas, octobre 2003, tatouage d’un dessin anonyme d’après l’antique.
Parmi les dessins que j’ai récupérés, il y en a qui sont trop bien... Je n’oserai pas retravailler dessus... Les photocopier ? On ne peut pas être sûr de la durée d’une photocopie et, en général, ça ne tient pas. Avec un vernis anti-UV ? Je ne sais pas.
Robert Combas feuillette un important carton de dessins en s’arrêtant un peu plus devant des travaux très « académiques », plus « réussis » que d’autres selon les critères les plus traditionnels, et qui « font de l’effet ».
Octobre 2003, Robert Combas dans son atelier devant une pile de dessins anonymes d’après l’antique : « Celui-là est trop bien. Je ne peux tout de même pas le tatouer... »
Si je n’ai jamais été un élève très bon, j’avais une idée de la valeur du travail. À 20 ans, j’étais un élève honnête, avec un sens réel de l’honnêteté. À la fin de mes deux premières années à l’École nationale des beaux-arts (à Montpellier), j’ai eu un déclic. Si les dessins que je venais de faire pendant ces deux ans ne m’avaient pas servi à grand-chose - ils m’empêchaient même de créer -, tous les dessins que je faisais quand j’étais petit, à l’école où je dessinais tout le temps, ça, c’était mon avenir. À partir de la 6e, je n’apprenais plus... c’était un travail devenu automatique mais c’était un travail énorme ; j’en faisais tous les jours ; il y avait beaucoup de thèmes, je faisais des groupes de rock.... J’en ai vu d’un seul coup tout l’intérêt.
Avant d’être « à temps complet » aux Beaux-Arts de Montpellier, j’avais suivi des cours le jeudi puis le jeudi et le samedi aux Beaux-Arts municipaux de Sète. Quand même, à Sète, ils avaient Art-Press et même si le vocabulaire de la revue m’énervait un peu en me passant au-dessus de la tête, je comprenais qu’il y avait des choses beaucoup plus difficiles que ce qu’on nous faisait faire. Annette Messager... Boltansky ! Le père qui faisait des photos... Mon père faisait des photos, sérieusement ! avec un petit appareil de rien du tout. Aujourd’hui, tout le monde a des appareils de professionnels. Lui, c’était un appareil tout simple... mais, avec Boltansky, élever un style d’amateur et en faire de l’art... !
À Montpellier, je ne sais pas encore comment j’ai pu réussir à passer en troisième année des Beaux-Arts, mais en tous cas là, ça a été comme une porte de paradis qu’on ouvre. On te laissait presque faire tout ce que tu voulais, le prof venait à peu près tous les trois mois... Enfin... Tout n’était pas pour autant simple, il y avait des choses qui coûtaient cher. Mes parents n’étaient pas riches, mon père a dû faire face quelquefois au chômage. J’ai pu avoir une bourse. Il m’a quand même fallu un an pour arriver à prendre la décision de faire un grand format. Cette année-là il fallait choisir deux matières. J’avais pris gravure et peinture. La gravure n’était pas du tout « libre » en tant que technique et ce sont malgré tout les gravures qui m’ont appris à me libérer, plus qu’en peinture. C’était sur du laiton, en noir et blanc... Mais j’ai appris à faire une image qui n’était pas de la BD. Et puis je me suis approprié un grand format, j’ai fait au fusain un travail en deux parties de 2 mètres sur 2, l’une avec des toits, l’autre avec une fenêtre...
L’année suivante, j’ai pu vraiment faire de la peinture en couleurs. J’étais tout seul dans l’atelier. Les autres ne venaient pas, il y en avait qui devaient travailler chez eux. Les Beaux-Arts « filaient » un peu de peinture et de toile ; les châssis, cela ne me souciait pas, je pouvais m’en passer. Et puis surtout, un jour, un représentant de chez Lefranc et Bourgeois est venu apporter des échantillons gratuits aux diplômables et, comme j’étais le seul...
Le dessin, la peinture... Je n’ai jamais été très « pinceau ». Je fais une peinture très dessinée. En fait, je pose des taches de couleurs que j’entoure de dessins. Des gens croient que je dessine d’abord et que je fais du coloriage, c’est tout le contraire : la couleur est là d’abord... C’est un peu comme pour le vitrail. J’en ai d’ailleurs fait deux. Il y en a un qui est au musée d’Art moderne : Le Dormeur du val d’après Rimbaud ; l’autre doit être par là... Mais avec le vitrail, ce n’est tout de même pas pareil, il y a toutes ces pièces d’assemblages qui créent des masques, des ruptures... Sur les couleurs peintes, je peux revenir avec d’autres couleurs comme ici : de la peinture « pour tissus » posée directement avec le tube, en partie dessin, elle peut retravailler la première couche de couleurs et elle apporte un relief. C’est aussi avec cette peinture pour tissus que j’ai fait les « tatouages » sur les bustes et beaucoup d’autres choses.
Là, j’ai préparé une plaque de lino que j’ai gravée... Ici, j’ai utilisé la technique du monotype, c’est encore la couleur d’abord, sur un support intermédiaire, puis le dessin est gratté et, au tirage sur papier avec une petite presse, le dessin et la couleur sortent ensemble... Là, ce sont des dessins sur photos. Ça peut poser des problèmes si le photographe est connu et s’il reconnaît sa photo. Moi, quand j’ai fini, on ne reconnaît plus grand-chose... mais Rancillac, par exemple, a dû payer des frais très élevés avec un photographe qui a fait valoir ses droits.
Il faudrait aussi qu’on parle du modèle, du modèle vivant. Cet été, j’ai travaillé dans un atelier de l’école des Beaux-Arts d’Avignon. Il y avait des modèles qui venaient poser, mais c’était complètement « froid », figé. Il n’y a plus de modèles que pour les photographes et il faut voir ce que les photographes arrivent à obtenir de leurs modèles. Pour un peintre, ce n’est pas pareil et ça pose de vrais problèmes... surtout quand il est marié...